Le cadre 2026 consolide la place des infirmiers en pratique avancée : suivi de patients chroniques stabilisés, renouvellement et adaptation d'ordonnances, éducation thérapeutique, et désormais un accès ponctuel élargi négocié dans le cadre conventionnel infirmier — avec des forfaits de suivi revalorisés d'environ 20 %. Côté télémédecine, un IPA peut solliciter une télé-expertise auprès d'un médecin (code RQD, 10 €, dans la limite de 4 par an et par patient).
La crainte, et ce qu'elle recouvre
« On remplace les médecins par des infirmiers » : la crainte revient à chaque extension de la pratique avancée. Elle recouvre une vraie question — la qualité et la responsabilité du suivi — mais rate le point économique : un IPA ne remplace pas une consultation médicale, il absorbe le suivi protocolisé qui occupe une part importante des agendas de généralistes : renouvellements, surveillance de chroniques équilibrés, points d'éducation thérapeutique.
Ce que ça donne dans une organisation coordonnée
- Le médecin voit les cas complexes, les diagnostics, les décompensations — ce pour quoi il a été formé dix ans.
- L'IPA assure le suivi intermédiaire protocolisé, avec retour systématique vers le médecin.
- Le patient chronique est vu plus souvent, pas moins — par la bonne personne au bon moment.
Ce que le médecin y gagne, en euros
La convention médicale incite désormais explicitement à la collaboration : une prime annuelle de collaboration avec une IPA est versée au médecin — 100 € à partir de 10 patients adressés, 400 € pour 35 patients, 1 000 € pour 100 patients ou plus. Ce n'est pas ce qui changera un revenu, mais c'est un signal : l'Assurance Maladie paie pour que la délégation se structure. À noter aussi, côté télémédecine, que la télé-expertise TE2 (l'avis rendu par le médecin sollicité) est passée de 20 à 23 € au 1er janvier 2026.
Les trois questions à poser à votre structure
- Qui écrit les protocoles ? Un protocole de suivi co-signé médecin/IPA, avec critères de ré-adressage explicites, est la condition de la sécurité — et de la sérénité.
- Quand se font les points de coordination ? S'ils ne sont pas dans l'agenda, ils se feront entre deux portes, c'est-à-dire mal.
- Qui est responsable de quoi ? La répartition des responsabilités doit être écrite, connue du patient, et assurée en conséquence.
La condition qui change tout
Comme pour le secrétariat (voir la thèse Prunières citée dans nos colonnes) : la délégation ne fonctionne que réorganisée. Un IPA posé dans un cabinet sans protocoles écrits, sans temps de coordination financé et sans circuit de retour vers le médecin ajoute de la coordination — il n'en retire pas. Les questions à poser à votre structure : qui écrit les protocoles ? quand se font les points de coordination ? qui est responsable de quoi ?
Ce qu'il faut retenir
- Les IPA suivent des chroniques stabilisés, renouvellent des ordonnances, avec un cadre conventionnel renforcé en 2026.
- Télé-expertise IPA→médecin : code RQD, 10 €, 4 par an et par patient ; TE2 revalorisée à 23 €.
- Prime de collaboration IPA pour le médecin : 100 € (10 patients adressés), 400 € (35), 1 000 € (100+).
- Bien organisée, la pratique avancée rend du temps médical ; mal organisée, elle ajoute de la coordination.
- Exiger : protocoles écrits, temps de coordination financé, circuit de retour clair.
Sources
- Le Quotidien du Médecin : avenant conventionnel infirmier — accès ponctuel aux IPA, revalorisation d'environ 20 % des forfaits de suivi.
- Textes conventionnels télémédecine 2026 : télé-expertise RQD (10 €, 4/an/patient).
- FMF, nouveautés conventionnelles 2026 : prime de collaboration IPA, TE2 à 23 €.
- Prunières J.-B., thèse de médecine générale, Occitanie : la délégation non réorganisée ne réduit pas la charge non médicale.