Soins non programmés, parcours coordonnés, actions de prévention, participation à la permanence des soins : sur le papier, les CPTS mutualisent ce qu'un cabinet isolé ne peut pas porter. Les pouvoirs publics en ont fait un pilier de la stratégie 2026 contre les déserts médicaux, aux côtés des maisons et centres de santé.
La question que pose ce média est toujours la même : combien d'heures ça coûte, combien d'heures ça rend ? Une CPTS vivante rend des créneaux, absorbe des sollicitations, structure des parcours. Une CPTS de papier ajoute des réunions le soir — du temps non médical de plus, bénévole cette fois.
Qui paie quoi : le financement ACI
Une CPTS est financée par un accord conventionnel interprofessionnel (ACI) signé avec l'Assurance Maladie : une dotation de fonctionnement — qui croît avec la taille du territoire couvert — contre des missions socles : améliorer l'accès aux soins (médecin traitant, soins non programmés), organiser des parcours, développer la prévention. C'est un point clé de la grille de lecture : l'argent existe. Une CPTS qui ne salarie pas de coordinateur et n'indemnise pas le temps médical n'a pas un problème de moyens, elle a un problème d'organisation ou de gouvernance.
La grille en cinq questions
Les soins non programmés sont-ils réellement organisés ?
Combien de créneaux SNP la CPTS a-t-elle pourvus le mois dernier ? Si personne n'a le chiffre, la réponse est « aucun ».
Y a-t-il un coordinateur salarié ?
Une coordination portée bénévolement par des soignants déjà débordés ne tient jamais plus de deux ans.
Les protocoles sont-ils écrits et signés ?
Parcours insuffisance cardiaque, plaies chroniques, santé mentale : des documents, pas des intentions.
Le temps médical investi est-il indemnisé ?
Les réunions de coordination des médecins participants sont-elles rémunérées, et à quel taux ?
Existe-t-il un bilan annuel chiffré ?
Actes, patients inclus, créneaux pourvus, délais. Une CPTS qui ne mesure rien ne peut rien améliorer.
S'engager sans se faire dévorer
Pour un médecin déjà à 54 heures par semaine, la CPTS est un investissement à cadrer comme les autres : un mandat précis (une mission, pas « membre du bureau à tout faire »), des plages fixes et indemnisées plutôt que des réunions de 21 heures qui s'ajoutent aux 21 heures, et une clause de sortie personnelle — si au bout d'un an la CPTS ne vous a rendu ni créneaux, ni patients orientés, ni charge en moins, votre temps sera mieux investi ailleurs. La coordination est un moyen ; le temps médical est la fin.
Ce qu'il faut retenir
- La CPTS est un investissement en temps : exigez le retour.
- Cinq marqueurs : SNP chiffrés, coordinateur salarié, protocoles écrits, temps indemnisé, bilan annuel.
- Le financement ACI existe : coordinateur salarié et indemnisation du temps médical sont une question de gouvernance, pas de moyens.
- Trois « non » sur cinq : votre CPTS produit des réunions, pas de la coordination.
Sources
- Stratégie nationale d'accès aux soins 2026 : place des CPTS et structures coordonnées (Maire-Info, IndexSanté).
- Accords conventionnels interprofessionnels relatifs aux CPTS.